On ne meurt pas d’amour, mais presque

© Yzipp Visu

Quand à mes 16 ans j’ai été obligée de quitter mon pays, ma famille et mes amis pour venir en Suisse, ça a été un tel déchirement que j’ai eu mal au cœur comme jamais. Ce jour-là, j’ai compris que toute douleur que je pourrais ressentir après celle-ci ne pourrait jamais être aussi forte. 

Ma raison n’est jamais parvenue à freiner ma passion. En effet, je ne sais pas aimer à moitié, sans que mon cœur et mon âme ne soient entièrement impliqués, m’exposant à la souffrance. J’ai pourtant essayé, et pas qu’une fois, mais il a fallu que je me rende à l’évidence : je ne sais aimer qu’intensément, sans faux-semblants et avec tout mon cœur.

Alors, comme je ne peux pas changer qui je suis, j’ai développé inconsciemment une façon assez particulière de faire face aux moments douloureux où mon cœur se sent confus, trompé ou brisé et ainsi lui éviter de partir à la dérive.

À chaque fois que je commence à avoir des sentiments pour quelqu’un, je me demande si je dois sauter et prendre le risque ou rester sur place et passer mon tour. Je suis inconsciemment consciente ou consciemment inconsciente, je ne le sais pas, mais souvent je choisis d’y croire et je saute à pieds joints dans le vide en espérant le meilleur, mais en sachant aussi que le pire est possible.

Quand on me brise le cœur, je suis peinée et ressens une profonde tristesse qui commence petit à petit à prendre de la place. Je commence par la ressentir dans ma gorge, elle se répand jusqu’à me couvrir entièrement, comme si mes cris ne sortaient pas et me dévoraient de l’intérieur.

Je pleure sous la douche parce que je trouve que, mélangées à l’eau, mes larmes perdent un peu de leur désespoir.

Mon appétit, mon sommeil et toutes mes envies se mettent en berne, comme si la douleur de mon âme était si vive et épuisante que mon corps ne pouvait plus rien demander.

Je me réveille tous les matins avec les larmes aux yeux, comme si dans mes rêves, je pleurais aussi et que même là, ma peine réclamait sa place.

Je sais, c’est extrême, mais j’ai toujours aimé les antipodes. Quand j’aime, j’aime beaucoup, quand je souffre, je souffre beaucoup aussi, c’est le revers de la médaille et je l’ai toujours accepté.

Je me souviens de mon grand-père, un homme très sage, qui m’avait dit un jour : « Sois sûre que chacune de tes larmes en vaut la peine. » Il avait raison, mais je pense que tous les sentiments sont légitimes et peuvent nous faire pleurer. Je dirais même que c’est parfois nécessaire pour se sentir mieux.

Pendant ces jours noirs, je disparais et vis ça seule, intimement, dans la plus grande discrétion et cela même si j’ai conscience que je peux compter sur mes ami-e-s. Pour moi, ces jours sont si intenses que j’ai besoin de tranquillité et d’espace pour pouvoir, petit à petit, guérir moi-même mes blessures.

Heureusement, ces jours tristes ne durent jamais bien longtemps, car j’ai conscience que mon cœur n’a pas été fait pour souffrir, pour pleurer et encore moins pour se sentir triste. J’aime la vie, j’aime sourire et j’ai appris depuis toute petite que tout arrive pour une raison.

Certains de mes amis pensent que mon deuil d’une relation dure peu de temps car mes sentiments ne sont pas profonds, mais ils se trompent. Mon deuil est bref car il n’y a rien que je n’ai pas fait au nom de cet amour et parfois, il faut juste savoir accepter l’inévitable : j’accepte que dans les histoires d’amour il y ait bien entendu de l’amour, mais j’accepte aussi les adieux.

Tout adieu est triste, c’est vrai, mais parfois on oublie que c’est aussi une renaissance et un nouveau début qui se profile à l’horizon.

Lady Annia

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par Anders Noren.

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